Les normes ISO: une solution pour concilier développement économique et développement durable?

Aujourd’hui, alors que la crise économique frappe de plein fouet les états, les entreprises et les individus, tout le monde essaye de faire des économies. Au sein des entreprises, la concurrence économique n’en est que plus acharnée: beaucoup d’entreprises essayent de produire le moins cher possible, en sacrifiant parfois la qualité et en prêtant moins attention à l’environnement que dans le passé afin de vendre plus rapidement leurs produits.

C’est le cas notamment des producteurs d’huile de palme qui, dans le but d’alimenter une demande en hausse et d’obtenir des profits rapides, déboisent des forêts primaires au détriment de l’écosystème local. Plus près de nous, c’est également l’exemple d’Intermarché qui détruit les ressources halieutiques profondes avec l’argent public (cette activité est subventionnée) dans le but de faire de plantureuses marges quitte à détruire irrémédiablement des écosystèmes fragiles et très lents à régénérer (en savoir plus)

Acheter de façon responsable

En tant qu’acheteur, ce que l’on ne sait pas toujours, c’est que les entreprises lorsqu’elles fabriquent des objets ou des machines pour produire leurs marchandises ont le choix entre utiliser des matériaux ou des pièces de qualités différentes. Moins la qualité est bonne, moins elle est onéreuse et plus elle peut avoir de conséquence sur l’environnement, ne serait-ce que parce que la piètre qualité des pièces et des matériaux générera plus de déchets à recycler. C’est ce qu’on appelle l’obsolescence programmée.

L’obsolescence programmée : mode d’emploi

Sous ce jargon sophistiqué se cache une réalité simple. Laissez-moi vous donner quelques exemples.

Exemple 1 : Achat d’un ordinateur

Vous achetez un ordinateur pas très cher mais doté d’une configuration très peu puissante et presque déjà dépassée au moment de votre achat. Vous aurez certes un ordinateur pas cher, mais il y a de fortes chances pour que vous deviez en changer rapidement. Conséquence: vous jetterez votre ordinateur dans un ou deux ans et tout un tas de produits toxiques se retrouveront dans la nature.

Vous allez me dire : oui mais si j’achète un ordinateur plus puissant, il durera plus longtemps ? C’est en partie vrai, mais pas totalement. En effet, la puissance exigée par les logiciels augmente de façon exponentielle. Même si vous achetez le top de la technologie aujourd’hui et même si vous prenez soin de votre ordinateur, votre ordinateur deviendra rapidement obsolète : nouveaux logiciels impossibles à faire fonctionner correctement, non-comptabilité entre les nouveaux logiciels et ceux utilisés par votre ordinateur…

Exemple 2 : Le baladeur MP3

Prenons un autre exemple: vous voulez acheter un baladeur MP3 et vous optez pour un modèle qui est 50% moins cher que la marque leader sur ce segment de marché. Une bonne affaire ? Pas si sur que ça ! Une fois arrivé à votre domicile, vous constatez que cet appareil à une batterie d’une durée d’à peine 2 heures … ce qui est un peu faible aujourd’hui.

Il y a de forte chance pour que ce mp3 finisse au mieux au fond d’un tiroir et au pire lui-aussi à la poubelle. En savoir plus

Autres exemples

Pour maximiser les revenus, les industriels détériorent parfois la qualité des produits. Ainsi la majorité des collants filent pour forcer les femmes à en racheter alors qu’on sait fabriquer des collants qui ne filent pas, les rasoirs s’oxydent alors qu’on sait fabriquer des rasoirs inoxydants.

L’autre arme majoritairement utilisée pour pousser les consommateurs à repasser par le tiroir-caisse, c’est la mode. Ainsi, bien qu’un téléphone portable ait une durée de vie de 7 ans environ, les consommateurs en changent tous les 18 mois, poussés à acquérir un nouveau modèle 1 mm plus fin tant promu par la publicité… Autre exemple où la mode est fortement utilisée : le vestimentaire (on n’achète pas des habits pour remplacer des haillons mais pour rester in) ou l’automobile. Après tout, c’est General Motors qui en premier a décider de lancer régulièrement de nouveaux modèles pour inciter les consommateurs à changer régulièrement de voiture, un nouveau système de pensée qui a détrôner la Ford T, voiture increvable mais désormais ringarde (plus à la mode).

Voici une excellente vidéo qui résume la situation :

L’obsolescence programmée : un modèle trop présent aujourd’hui

L’obsolescence programmée est valable pour beaucoup de type de produits électroniques (on pensera aux produits Apple dont la batterie est inamovible), mais pas seulement. Il peut aussi s’agir de voitures, d’outils de bricolage, etc…

Cela concerne même les entreprises lorsqu’elles achètent des machines ou des pièces pour mettre leur chaine de production en route. En faisant le choix de produits chers, elles feront souvent le choix de la qualité, ce qui pourra au final s’avérer bénéfique.

Ainsi, si vous avez le choix entre acheter un produit A à 1 000€ et une durée de vie de 2 ans et le produit B qui vaut 2 000€ et durera 5 ans, le produit le moins cher est bien évidemment… le produit B. Non seulement il coûte 20% moins cher (400€/an pour B contre 500€/an pour A) mais en plus, acheter le produit B vous permet de bénéficier d’un produit de meilleure qualité…

 

Comment s’y retrouver ?

On l’a vu, privilégier la qualité à la quantité s’avère bon pour votre portefeuille et la planète. Mais comment faire pour vous y retrouver dans toute cette jungle de type de matériaux utilisés et de produits ?

Pour cela, des normes ont été lancées afin que les entreprises et les consommateurs puissent s’y retrouver et puissent surtout comparer des choses comparables les unes avec les autres. Les normes ISO occupent une place importante parmi les outils permettant de comparer produits, entreprise et services.  Mais comment les normes ISO peuvent elles jouer un rôle dans le développement durable?

Rappelons rapidement ce que sont les normes ISO : les normes ISO sont des normes volontaires utilisées par des entreprises qui souhaitent ainsi faire reconnaitre la qualité de leur produits et/ou de leur services ainsi que de leurs savoirs-faires. Les normes ISO permettent donc de se distinguer de la concurrence. Pour obtenir une norme ISO, il faut donc remplir un certain nombre de conditions et démontrer que l’on respecte des exigences. Les normes ne garantissent donc pas qu’une entreprise ou un produit est écologique : les normes exigent une obligation de moyen (cahier des charges, processus d’amélioration de la fabrication) mais pas d’obligation de résultats.

 

Quelles sont les normes qui peuvent avoir un rapport avec le développement durable?

Il y a bien entendu la norme ISO 14000 intitulée Management environnemental. Elle permet de gérer la relation d’une entreprise à l’environnement. Elle prend en compte la réduction des coûts de la gestion des déchets mais aussi les économies dans la consommation d’énergie et de matériaux et permet d’essayer de diminuer ses coûts de distribution.

Cette norme ISO 14000 se décline en plusieurs autres normes, dont les normes ISO 14001:2004, ISO 14004:2004, ISO 14006:2011 et ISO 14064-1:2006 pour ne citer que les principales). Cette norme n’est pas la seule à jouer un rôle dans le développement durable. Il y en a en fait de nombreuses, même si elles ne portent pas toutes la mention “développement durable” ou “environnement” dans leur intitulé. C’est le cas aussi de la norme ISO 9001:2008 qui porte sur les systèmes de management de la qualité. On retrouve ici l’idée que l’on avait développé au début de l’article.

En misant sur la qualité, on peut ainsi protéger l’environnement car les produits utilisés seront de meilleures qualité et dureront donc plus longtemps qu’en utilisant des matériaux qui ne respectent pas ces normes.

 

Vers un monde plus durable

Les économies des pays développés ont donc encore leur carte à jouer dans la mondialisation en misant sur la qualité. L’exemple le plus frappant est la Deutsche Qualität.  Bien que le coût du travail soit très élevé en Allemagne, ce pays a généré 216 milliards de dollars d’excédent commercial l’année dernière, quasiment autant que celui de la Chine bien que le pays soit 15 fois moins peuplé.

 

Etonnant ? Pas tant que cela. Quand vous achetez un produit Allemand, le prix n’est guère important, ce que vous recherchez avant tout c’est de la qualité. Autre exemple : La Suisse. Malgré ses salaires très élevés (une caissière de Lidl gagne 3 300€ par mois), le pays croule sous les excédents commerciaux tant les produits Suisses (montres, bijoux, médicaments) sont de bonne qualité.

Bref, quand beaucoup pensent qu’il est impossible de lutter contre les économies émergentes, je réponds que c’est faux. Regardez le graphique ci-dessous:

balance-commerce-exterieure-dans-quelques-pays

 

Le plus important pour qu’une économie soit prospère n’est pas d’abaisser les salaires (après tout, des salaires élevés stimulent la consommation) mais de miser sur des produits de qualité. Miser sur la qualité, c’est miser vers un monde plus écologique et plus prospère.

 

Oui mais…

Il est certes de plus en plus difficile de lutter contre les économies émergentes, mais beaucoup de pays de ce groupe ne sont encore que des pays ateliers et n’ont pas encore fait le saut dans une production uniquement tournée vers la qualité. En France, alors que l’on entend que de plus en plus d’entreprises ferment, on ferait bien de s’inspirer de ce qui se passe à l’étranger et au Canada en particulier. Là-bas, les entreprises qui réussissent à tirer leur épingle du jeu de la mondialisation en misant sur la qualité sont nombreuses. C’est le cas par exemple de l’entreprise diacarb.com qui produit de l’outillage et des pièces de précision pour tous les secteurs de l’industrie. De l’aéronautique au domaine médical, elle a réussit à jouer la carte de la qualité et ce n’est pas une surprise si elle est certifiée ISO 9001:2008.

 

Pourquoi ne pas s’inspirer de ces réussites pour notre économie au lieu de se lamenter? La France est un très beau pays au potentiel immense :

– Des infrastructures de qualité

– Un capital touristique fort (1er pays touristique du monde)

– Une expertise industrielle forte dans de nombreux domaines : aviation (Airbus est le leader mondial), aérospatiale (Kourou), grande vitesse ferroviaire, nucléaire, ou encore… Internet (Dailymotion ou Viadeo sont n°2 mondiaux dans leurs secteurs)

– De nombreux leaders mondiaux : Vivendi (n°1) , Universal Music (n°1), Axa (n°1), BNP Paribas (n°2), L’Oréal (n°1), Carrefour (n°2), LVMH et PPR (n°1 et 2), SNCF (n°2)…

Les crises économiques et écologiques ne sont pas une fatalité. Pour y faire face, il faudrait peut être pour cela que le gouvernement actuel donne un signal fort dans le domaine de l’entrepreneuriat pour le soutenir au moment où il en a le plus besoin et incite les entreprises a davantage miser sur la qualité (par exemple via des systèmes de taxe pollueur/payeur et de subventions dans les secteurs d’avenir).

Quant à vous, en tant que consommateur, n’oubliez jamais que consommer, c’est voter. Privilégiez toujours les produits de qualité à la quantité.

En savoir plus : Economie circulaire Partie 1, Partie 2

Cet article est désormais terminé. J’espère qu’il vous a plu et à bientôt sur eco-malin.com

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