Développement durable et théorie des jeux

Les hydrocarbures sont sur le court terme une source d’énergie abondante et bon marché (si l’on néglige les coûts cachés, aussi appelés externalités négatives, engendrées par la pollution), très efficace et cela permet de faire de gros profits. Sur le long-terme en revanche, les hydrocarbures sont horriblement cher (produit en lui-même + conséquences sur la santé humaine + conséquences sur la nature) et en quantité limitées. On devrait donc se tourner logiquement vers les énergies renouvelables. Mais on ne le fait pas. Ou pas beaucoup. Pourquoi ? C’est ce que nous allons voir au cours de cet article.

Plan du dossier

Les énergies renouvelables: peu crédibles?

Certains disent que les énergies renouvelables ne sont pas en quantité suffisante pour remplacer le pétrole et qu’elles sont intermittentes. Certains disent que l’éolien ne peut représenter plus de 20% de l’électricité d’un pays. Même si c’est vrai, pourquoi on n’exploite pas davantage le potentiel disponible ? En raison de la théorie des jeux. Explications avec un exemple d’un projet de nouvelle centrale électrique.

Projet de centrale électrique

Une région est en plein essor économique et démographique et a besoin de construire une centrale électrique de 1000 MW. L’entreprise financera l’investissement par un emprunt, et lisse le coût de la centrale sur sa durée de vie. Les chiffres donnés sont fictifs mais servent à donner une explication possible de l’enjeu de l’énergie tel qu’on le rencontre actuellement.

Différents choix sont possibles

Admettons que l’entreprise dispose uniquement des 3 alternatives suivantes.

Choix numéro 1 : la centrale au charbon

Admettons qu’une centrale au charbon de 1000 MW coûte en moyenne 300 M€ par an à exploiter (construction de la centrale + approvisionnement en charbon + employés).

Les émissions de poussière et de métaux lourds liés au charbon créent de la pollution, qui coûte à la collectivité 20 M€ par an en pluies acides et en assurances pour réparer les toitures abîmées par les pluies acides. 30 M€ par an en maladies supplémentaire sont crées autour de la centrale au charbon (plus 50 M€ en arrêt de travail induit et autres coûts indirects).

Enfin, 200 M€ en coûts indirects liés au réchauffement climatique, qui implique plus de désastres naturels.

Choix numéro 2 : la centrale au gaz

Admettons qu’une centrale au gaz de même puissance coûte en moyenne 360M€ par an et n’implique ni maladie ni pluies acides car elle ne rejette que du co2.

Une centrale au gaz étant 40% plus propre qu’au charbon, on estime à 120M€ le coût indirect de la centrale pour sa contribution au réchauffement climatique.

Choix numéro 3 : la centrale au renouvelable

Un pôle d’énergie renouvelable composé d’éolien, solaire, biomasse et de géothermie permet d’atteindre la même puissance de façon constante. Malgré le fait que la centrale n’a pas besoin de combustible couteux (seulement un peu de biomasse), le coût initial est très élevé et implique un coût annuel de 420M€/an.

La centrale n’est à l’origine d’aucunes maladies, ni pluies acides, ni réchauffement climatique.

N.B : les chiffres sont fictifs mais sont illustratifs des coûts de chaque type de centrale (par exemple, malgré le non-besoin de combustible, le renouvelable n’est pas compétitif en l’état pour la compagnie, mais l’est sans aucun doute au niveau mondial, voir le rapport Stern à ce propos…)

Le meilleur choix de l’entreprise : le charbon

Si la compagnie doit choisir, elle choisira bien évidemment la centrale au charbon, moins coûteuse pour elle puisqu’elle n’a pas à assumer les conséquences de la pollution émise.

Le meilleur choix de la collectivité locale : le gaz

Si la collectivité locale devait choisir, elle choisira la centrale au gaz, quitte à verser une subvention de 60 M€ à la compagnie pour compenser le surcoût, pour économiser 100 M€ qui auraient du être dépensées en frais de santé et problèmes environnementaux locaux si la centrale au charbon était construite.

Le meilleur choix globalement : les énergies renouvelables

Au niveau mondial, si l’on prend le prix des catastrophes émises par le réchauffement climatique, mieux vaut ici choisir le renouvelable, qui est au final le moins cher (420 millions contre 480 et 600). On le voit, le renouvelable est ici la meilleure solution, mais elle ne sera sans doute pas choisie car les économies réalisées par l’absence de pollution profiteront à tout le monde, quand le surcoût sera assumé par la seule compagnie ou collectivité locale.

La solution choisie sera sans doute le charbon, peut-être le gaz si les collectivités locales font pression.

Comment faire pour que les énergies renouvelables soient finalement choisies ?

Comment faire en sorte que ce soit la solution la plus efficiente (énergies renouvelables) qui soit choisie ? Pour choisir la solution la plus efficiente, il faut internaliser les externalités, par exemple par le biais de subventions aux énergies propres et/ou une taxe sur les produits sales, par exemple par le biais d’une taxe carbone. Explications

Comment faire pour choisir une solution moins polluante ?

Le moins cher pour la collectivité est la centrale au gaz en tenant en compte les externalité négatives au niveau local. Mais comme seule l’entreprise locale peut investir dans la centrale, et que son intérêt, c’est le charbon, le seul moyen que l’électricien choisisse le gaz est de faire en sorte qu’il y trouve son intérêt, donc fasse plus de profits en investissant dans le gaz plutôt que dans le charbon.

La collectivité a deux leviers :

– Verser des subventions pour le gaz (pour le rendre moins cher)
– Faire payer des taxes sur le charbon pour rendre le charbon moins compétitif.

La centrale au charbon coûte 60 millions de moins au producteur que le gaz (300 vs 360), mais 40 millions de plus pour les collectivités locales (400 vs 360).

Pour que le choix du producteur se fasse pour le gaz et que les collectivités fassent une économie d’argent, il faut que la subvention + taxe au profit du gaz soit compris entre]60 ;100[ (plus de 60 pour compenser le surcoût producteur, moins de 100 pour que ce soit rentable pour la collectivité locale)

Par exemple, en versant 70 millions d’euros de subvention pour la filière gaz, on compense le surcoût de 60 millions du gaz et on permet même à l’électricien de générer 10 M€ de bénéfices supplémentaires par an.

Difficulté de la solution des subventions ou des taxes

Mais donner beaucoup de subvention coûte cher, donc il faudra augmenter les impôts immédiatement pour toucher les bénéfices (moindres coûts indirects) bien plus tard, sur le long terme. Or, les hommes politiques (même les meilleurs) veulent avant tout être réélu, et ne veulent pas se montrer sous leur mauvais habits (hausse des impôts) pour que ce soit leur successeur puisse profiter du fruit de cette stratégie (moins de dépenses de santé).Cette solution ne sera donc pas choisie.

L’autre solution, taxer, est intéressante : ca rapporte de l’argent aux collectivités locales. Mais si la collectivité taxe 70 millions le charbon, la compagnie choisira certes le gaz, mais augmentera de plus de 20% le prix de son électricité de sa nouvelle centrale pour conserver sa marge générée (au lieu d’investir dans une centrale au charbon à 300 millions, elle est contrainte de se rabattre sur le gaz qui coûte 360 millions) et de 23% l’électricité produite par les autres centrales au charbon existantes (les coûts ont augmenté de 23% de 300 à 370), ce qui risque de mécontenter les populations. Et puis, taxer autant est risqué pour les collectivités face aux pressions des industriels (financement de campagnes, lobbying, menaces de fermetures d’usines et de pertes d’emplois…). Cette solution ne sera pas choisie.

C’est pour cela que la majorité des pays ou des collectivités ne feront rien même si c’est dans leur intérêt, et que de nombreux pays ont recours massivement au charbon : USA (51% de l’électricité produite), Chine (68%), Allemagne (45%)…

Si ni la taxe ni la subvention ne marche, que peut-on faire ?

Admettons que notre collectivité locale décide d’agir pour l’environnement et son portemonnaie. Pour diminuer au maximum le mécontentement des industriels et des consommateurs, elle peut joueur à la fois sur les subventions et les taxes. Ainsi, si l’électricien possède déjà 4 centrales au charbon et 3 centrales au gaz, implanter 1 nouvelle centrale au gaz (vœu de la collectivité) fera passer le nombre de centrales à 4 charbon / 4 gaz.

Si la collectivité donne le même montant de subvention au gaz qu’elle ne taxe le charbon, par exemple en donnant 35 millions pour chaque centrale au gaz et en surtaxant 35 millions chaque centrale au gaz, cela donne :

La compagnie choisira la centrale au gaz. Avec 4 centrales au gaz, la compagnie récupère 140 millions et paie 140 millions d’amendes pour ses centrales au charbon. Ce système « bâton/carotte » est neutre pour l’entreprise, donc le prix de l’électricité n’augmentera pas. Enfin, si un peu car
– 4 centrales au charbon + 4 centrales au gaz coûtent : 4*325 + 4*335 = 2640M€
– Sans taxe/subvention, on aurait 5 centrales au charbon (300 M€ chacune) et 3 au gaz (360M€) soit 2580 M€
– Mais le surcoût est limité par rapport à une taxation seule du co2 par exemple

Le jeu taxe/subvention : une solution efficiente (pollueur/payeur)

Le surcoût globalement ne reste que de 60 millions d’euros par rapport à un système sans subventions ni taxes, soit 2,3% (2640/2580 – 1). L’électricien n’aura qu’à augmenter ses tarifs de 2,3% pour garder sa marge. Ce sera quasiment indolore pour le consommateur et largement compensé par des moindres impôts (100 millions d’économies potentielles).

La politicien sera ravi : il clamera son engagement en faveur de l’environnement, d’avoir pu baisser les impôts (par exemple en donnant un chèque de rentrée ultra-médiatisé auprès des populations…), d’avoir amélioré la qualité de vie de ses concitoyens et être populaire grâce à ce système polleur/payeur, par rapport à s’il avait versé une simple subvention (les gens pensant : les industriels récoltent tout le temps des subventions…) en faveur du gaz ou laissé la centrale au charbon s’implanter.

Tout le monde est content :

– Le consommateur : 40 millions d’économies (60 millions d’augmentation d’électricité – 100 millions en baisse d’impôt)

– Le politicien, réélu

– La compagnie électrique, pouvant clamer son engagement vert (on fait du gaz désormais, plus du charbon) tout en conservant sa rentabilité.

– La nature. Le gaz émet 2 fois moins de co2 que le charbon, aucun produit souffré, aucune radioactivité…

N.B : Ici, les collectivités n’ont aucune intérêt à subventionner la solution « énergies renouvelables » puisque cela coûte plus cher à l’électricien comme pour eux (le surcoût coûte plus cher que les économies réalisées au niveau local).

Au niveau mondial

Résumons : grâce au jeu subvention/taxes, le coût des différentes options est le suivant :

cout-centrale-avec-taxes-et-subventions-2

Les collectivités locales n’ont pas d’intérêt de promouvoir le renouvelable (solution plus chère que le gaz, 420M€ vs 360 M€), mais au niveau mondial, si -420 vs 480, car la centrale au gaz, émettant du co2 contribue au réchauffement climatique et aux externalités négatives (catastrophes climatiques, montée des eaux, érosion, déplétion des ressources non-renouvelables…) qui en découlent). Comment faire ?

Le bon sens commun voudrait que la centrale choisie soit la renouvelable pour économiser ces 60 M€.

Pour cela, il faudrait qu’une instance internationale taxe le gaz et le charbon à hauteur de 60 et 20 M€ respectivement au minimum ou donne des subventions d’un minimum de 60 M€ au renouvelable pour rendre cette solution préférable au charbon et/ou au gaz.

Problème : Le renouvelable ici n’est intéressant ni pour la compagnie électrique, ni pour la collectivité locale. Pour que cette solution soit choisie, il faudrait qu’il y aie une autorité internationale respectée de tous qui oblige ce choix et distribue les bénéfices à la collectivité locale et la compagnie concernée. Problème : personne ne veut agir en premier

Qui va agir dans le sens du développement durable?

– La Chine, premier pollueur mondial, a besoin d’énergie bon marché (comprendre du charbon) pour faire marcher son économie et atteindre ses taux de croissances à 2 chiffres. Sans compter que le pays, encore pauvre (PIB par habitant 4 fois plus faible qu’en France et 5 fois plus faible qu’aux USA), ne dispose pas des mêmes ressources que les pays les plus riches et a un besoin énergétique bien supérieur.

– Le Japon demeure riche, mais progressivement marginalisé avec l’essor de l’Est Asiatique. Innover dans des nouvelles technologies (Prius…) lui fait certes gagner de l’argent, mais le pays est trop faible pour assumer le leadership.

– Les pays émergents ( BRIC : Brésil, Russie, Inde, Chine, auxquels on ajoutera sans problème le Mexique et l’Afrique du Sud) ne sont pas assez puissant en l’Etat pour joueur un rôle de leadership mondial. Sans compter que de nombreux pays émergents sont gagnant dans l’utilisation de matières fossiles : pays pétroliers, pays charbonniers (Afrique du Sud…), pays gaziers (Russie…)

– Les USA, second pollueur mondial, ne sont pas prêt à remettre en cause leur mode de vie. Certes, certains états écolo ou une minorité font attention, mais la plupart des Américains trouvent scandaleux que l’essence coûte 3$ le gallon (0,57€ le litre), car l’amour des gros trucks (jusque 25 litres/100), de l’énergie abondante est la…

– L’Union Européenne pourrait joueur un rôle, étant la première puissance économique mondiale, mais l’UE ne dispose pas de la même unité et des mêmes moyens financiers que la Chine ou les USA pour peser sur la scène internationale. Et pris individuellement, chaque pays, même l’Allemagne, a un poids au mieux faible, au pire insignifiant dans l’économie mondiale (Allemagne : 5% du PIB mondial)

Manque d’une instance internationale

Une telle instance internationale n’existe pas. Et puis, si globalement le renouvelable est intéressant, le risque est qu’un « passager clandestin » construise des centrales au charbon, minimisant ses coûts directs et ne supportant pas les coûts indirects en profitant des efforts des autres. Dit autrement, si 99% des pays tournaient au renouvelable, le 1% restant peut tourner au charbon : il dépense peu (technologie bon marché) sans subir de grosses conséquences climatiques (en profitant des efforts autres)… En gros, il prend sans donner en échange.

Les passagers clandestins…

Pour mieux comprendre le concept de passager clandestin, imaginons que la Terre soit composée de 3 pays seulement. 1 pays (A) possède 60% des centrales et subit 60% des impacts climatiques. Pour le second possède 30% des centrales et subit 30% des dégâts. Le troisième, 10% et 10% respectivement. Voyons dans chaque cas que le pays décidera :

N.B : Bien évidemment, la situation est plus complexe car selon les pays, le coût d’une centrale au charbon, au gaz et renouvelable variera selon les prédispositions de chacun. Par exemple, la solution des énergies renouvelables s’impose dans les pays montagneux à fort potentiel hydraulique, car même sans subventions ou taxes, une telle électricité bon marché sera choisie par les électriciens. Dans un pays riche en charbon, en gaz, ces énergies sont moins chères…

Mais l’idée est là : seuls des gros pays ou un groupement vont choisir le renouvelable par eux même. Toute association de pays (exemple : A+B, B+C…) peut rendre le renouvelable intéressant. Par exemple, si deux pays s’associent et une choisit finalement le renouvelable (au lieu du gaz) et que le deuxième trahit l’autre en choisissant le gaz, le second pays est gagnant : il bénéficie des efforts des autres sans en payer le coût (ayant choisi une centrale moins chère…)

On le voit, si en investissant 60 M€, tout le monde gagne 120 M€, il faut qu’un pays ou un groupement de pays représenta au minimum 50% de l’effort global pour qu’il commence à toucher ses premier bénéfices, indépendamment de ce que font les autres. Cela signifie qu’hormis les gros pays, aucun pays n’a intérêt ici à promouvoir le renouvelable. Cela semble logique : si le Vatican devenait 100% écolo, il paierait beaucoup plus cher pour au final n’avoir aucune retombée car l’impact de ce changement est quasi nul au niveau mondial. Si les USA, la Russie, la Chine et l’UE agissent ensemble, ca devient plus intéressant.

Le problème, c’est que personne ne veut ou ne peut se lancer en premier… comme on l’a vu précédemment : ni les USA, ni l’UE, ni la Chine, ni les BRIC. Par exemple si l’UE subit 20% des dégâts climatiques mondiaux, investir 60 M€ permet seulement de récupérer 24 M€ (120M€ * 20%). En gros, cela revient à payer 60 M€ pour faire un cadeau aux autres de 96 M€. Si elle n’arrive pas à motiver les autres pour se faire suivre, agir seul revient au même que se tirer une balle dans le pied.

Equilibre de Nash

Assumons que l’UE a un besoin d’une nouvelle centrale contre 4 pour le reste du monde. Imaginons que l’UE subit 20% des dégâts climatiques mondiaux. Une centrale renouvelable coûte 60 millions de plus à celui qui la construit et fait économiser à tous 120 millions. Voila ce que ça donne.

Quel que soit le choix des autres pays, l’Europe maximise des bénéfices en choisissant le gaz…
– Si les autres pays choisissent le renouvelable, l’Europe gagne 36 millions avec le gaz
– Si les autres pays choisissent le gaz, l’Europe gagne 48 millions avec le gaz…

Si aucun pays ne se met d’accord, chaque pays choisira donc le gaz (ce qui n’est pas la solution optimale, qui est renouvelable/renouvelable…).

C’est la théorie des jeux : sans accord commun, chacun choisira la meilleure solution individuelle, même si au niveau global, tout le monde en sort perdant… En savoir plus sur l’équilibre de Nash

Imaginons maintenant 10 projets de nouvelle centrale.
– Un groupement de pays a besoin d’implanter 6 nouvelles centrales et subit en moyenne 55% des dégâts liés au réchauffement climatique.
– Le reste du monde a besoin d’implanter 4 centrales.

Voici ce que cela donne:

Grâce à son fort poids, ce groupement de pays a intérêt, indépendamment du choix des autres pays, à se tourner vers le renouvelable… car dans les deux cas, le groupement de pays y retrouve son compte, financièrement parlant (n’oubliez pas les 3 conditions du développement durable : réussite environnementale, sociale et économique…).

On le voit : il suffit qu’un certain nombre de pays important se mette d’accord pour que le renouvelable soit lancé.

D’où le protocole de Kyôto, qui pour être mis en œuvre doit regrouper des pays émettant 55% du co2 au niveau mondial…

On peut imaginer que c’est pour une telle raison que le protocole de Kyôto a attendu d’avoir regroupé des pays totalisant au minimum 55% des émissions de co2 avant d’être mis en place. Cela permet aux pays concernés de ne pas être pénalisés par les autres pays quels que soient leur décision, faire des économies à court-terme et avoir un avantage compétitif à long terme, dans un contexte de diminution des ressources en matières premières.

Et en plus, puisque les énergies fossiles sont en quantité limitées, un tel investissement massifs dans les énergies renouvelables fera baisser les coûts de production (grâce aux économies d’échelle et à l’amélioration de l’efficacité des technologies), ce qui permettra de :
– Réaliser toujours plus d’économies lorsque de nouvelles unités seront installées
– Rendre les énergies renouvelables compétitives pour de petits pays/pays en développement
– Et donc créer des emplois dans la recherche/ énergie/ énergies renouvelables (SOCIAL)
– Gagner plus d’argent : entreprises innovantes, brevets… (ECONOMIE)
– En préservant l’environnement (ENVIRONNEMENT)

Evidemment, il faut qu’aucun pays ne joue les passagers clandestins (rappelez vous dans l’exemple précédent : un groupement de pays qui a un poids important (ici 55%) a intérêt de faire du développement propre, au contraire d’un pays qui se la joue perso, qui à plutôt intérêt à choisir la technologie la moins chère, même si elle est polluante, sur le principe « j’économise, à vous de payer les dégâts ». D’où le semi-échec du protocole de Kyôto : basé sur aucun système de sanction, personne n’a voulu se lancer en premier (si personne ne se lance, pourquoi je me lancerai moi ?)…

Une solution : les droits à polluer

Une des solutions qui permettra de faire pencher le choix dans notre cas est la mise en place de taxe carbone. Mais instaurer une nouvelle taxe n’est pas la panacée car elle pénalise les entreprises… Il vaut mieux mettre en place un système de permis à polluer négociable entre les pays, neutre pour les entreprises (suivant le principe pollueur/payeur, les industries sales paient, les industries vertueuses récoltent…).

En estimant les émissions maximales d’un pays, les entreprises qui décident de polluer plus (ici gaz contre renouvelable) devront acheter des droits à des entreprises plus vertueuses.

Concrètement, une centrale au gaz émet typiquement 4 MT de co2. Si l’électricien a épuisé des droits à polluer et que la tonne de co2 est à plus de 7,5€ (admettons 10€) et qu’un second électricien lui revend des droits à polluer, alors il aura 2 choix :

Dans ce cas, tant que la tonne de co2 se négociera plus de 7,5€ dans notre exemple, l’entreprise sera incitée à se tourner vers les énergies renouvelables… Petit problème toutefois : les hommes politiques voulant se faire réélire et ne pas se mettre à dos les industriels (typiquement, les industries les plus polluantes (raffineries de pétrole, aéroports…) sont celles qui ont le plus d’argent, donc le plus de pouvoir d’influence…), ils seront tentés de verser des droits à polluer en surnombre… Avec la loi de l’offre et la demande (Offre > Demande), le prix de la tonne de carbone descendra si bas qu’il vaudra mieux, dans ce cas, se tourner vers le gaz…

Le meilleur des mondes : le choix du renouvelable

Mais imaginons qu’on soit dans le meilleur des mondes, et que la majorité des pays comprennent que c’est dans leur intérêt que la solution « renouvelable » soit choisie. A titre de rappel, voici le coût des différents choix de centrales…

Pour passer au renouvelable (ce qui fait économiser 60 M€ au niveau global), les pays concernés doivent convaincre l’autorité publique locale que c’est dans son intérêt d’investir dans le renouvelable. Or, au niveau local, le renouvelable coûte 60 M€ de plus que la centrale au gaz… Pour que l’autorité locale accepte le choix, il faut :
– Soit un système efficace de droits à polluer
– Soit comme on l’a vu précédemment, utiliser le couple carotte/bâton

Par exemple en subventionner au minimum de 60 Millions le renouvelable, ou taxer respectivement le charbon et le gaz au minimum de 20 et 60 M€ pour rendre le renouvelable compétitif.

Comme on l’a vu précédemment, la meilleure solution n’est ni la subvention (trop chère), ni les taxes (impopulaire) mais un système bonus/malus qui est :
– Neutre pour le consommateur
– Incitatif pour les entreprises privées
– Bien pour les élus pour se faire réélire « J’agis pour la santé de mes concitoyens… »

Imaginons que le système retenu soit le système des droits à polluer, comme on l’ vu précédemment. Le but du groupement de pays est de rendre le co2 suffisamment cher pour rentre compétitif le choix du renouvelable (c’est-à-dire où Prix (Renouvelable) < Prix (Gaz)). Le prix de la tonne de co2 est fixé à 20€.

Imaginons 2 compagnies recevant chacun 2 millions de tonnes de co2 de crédit. L’une investit 1 unités dans le gaz (4 MT de co2 par an), l’autre dans le renouvelable (0 MT), qu’est-ce que cela donne ?

Grâce au marché carbone, l’énergie renouvelable coûte moins chère que l’unité au gaz, sans que cela ne coûte rien au consommateur car le surcoût et les économies des uns et des autres s’annulent.

Que se passe t-il après

Le renouvelable étant intéressant, la demande en renouvelable augmente, vu que c’est plus économique pour les entreprises. Donc le nombre d’acheteurs de crédits carbone (industries sales) diminue, le nombre de vendeurs (énergies propres) augmente. En raison de la loi de l’offre et la demande (plus de vente de crédits car plus de renouvelable, moins d’achats car moins de gaz), le prix du crédit carbone diminuera jusqu’à atteindre un niveau d’équilibre (prix du co2 tel que P(Gaz) = P(Renouvelable)). Dans notre exemple, il est de 15€.

Une fois ce prix atteint, une compagnie sera indifférente entre choisir la solution « Gaz » ou « Renouvelable », coûtant la même chose… Si l’on oublie les considérations environnementales, tout laisse à penser que 50% des compagnies choisiront le renouvelable, 50% la centrale au gaz. Peut-être un peu plus pour le renouvelable, car cela permet d’être bien vu du public et se prémunir de la volatilité des prix que connaissent les acheteurs de gaz. Mais globalement, le jeu de la loi de l’offre et la demande fera qu’à long terme, le gaz et le renouvelable auront le même prix…

Diminuer les émissions de co2 sur le long terme

Alors, comment faire pour inciter les entreprises à investir dans le renouvelable sur le long-terme ? Il suffit de baisser les droits d’émission de co2. Imaginons qu’au lieu d’avoir 4 MT de droits, les droits passent à 2 MT. Les besoins restent les même. Le dépassement des quotas de co2 est facturée 30€ la tonne (le double du prix du marché).

Plusieurs situations sont possibles

B est en rapport de force par rapport à A puisqu’il sait que s’il refuse de vendre ses droits carbone, A devra payer ses droits carbone 30€. B pourra vendre ses droits jusque 30€ (au delà ce n’est pas possible : si la tonne de co2 vaut 40€ par exemple, mieux vaut pour l’entreprise 30€ à l’Etat…). Par exemple en vendant la tonne de co2 25€, la société pourra gagner plus :

Moralité : Quand les droits carbone diminuent, le prix du crédit carbone augmente (théorie de l’offre et de la demande). Au fur et à mesure que le prix du crédit carbone augmente, les économies d’énergie sont encouragées, car elles évident des charges inutiles (achat de crédits co2, achat de charbon ou de gaz) et permet de développer de nouveaux business (vente de crédits co2).

Les crédits carbones ne permettent pas de diminuer les émissions de co2 au delà d’un certain seuil, car la loi de l’offre et de la demande égalisé mécaniquement le prix entre la solution « gaz » et « renouvelable ». Ils donnent simplement un message au marché en leur indiquant la production souhaitée par les gouvernements en énergie renouvelable. Le groupement de pays qui veut diminuer ses émissions de co2 devra donc donner des droits plus faibles que la demande, mais surtout des droits qui diminuent d’année en année, pour ne jamais atteindre un équilibre et forcer les entreprises à se diriger vers des énergies renouvelables.

Et puis, si le prix du carbone est de 10€ la tonne, toute économie d’énergie coûtant plus de 10€ pour économisant une tonne de co2 sera exclu. Si le prix du co2 passe à 15€, cet investissement deviendra intéressant. En favorisant une hausse du prix du co2, on lance un message clair aux entreprises : gaspillez moins, c’est rentable pour vous (moins cher) et bien pour l’environnement.

Synthèse

L’enjeu du réchauffement climatique est un enjeu compliqué : l’énergie abondante et bon-marché dont le paroxysme est illustré par le style de vie américain des années est amené à disparaître, ne serait-ce que pour des raisons évidentes de loi de l’offre et de la demande, qui tirera à la hausse le prix de l’énergie…

Si aucune énergie renouvelable en l’état ne peut remplacer la commodité du pétrole, il est illusoire de croire que le problème climatique n’est pas soluble. Sans même parler du solaire, qui fournit chaque année 30 000 fois les besoins de l’humanité, l’énergie géothermique, la biomasse, l’hydraulique… suffiraient largement à pourvoir à nos besoin. Chères car ne bénéficiant pas des économies d’échelle dont profitent les énergies classiques, les énergies renouvelables sont à long terme le meilleur choix, pour des raisons environnementales, mais surtout économiques : elles permettent d’éviter de couteuses catastrophes naturelles, amenées à augmenter, et de rendre pérenne notre mode de vie.

Bien qu’intéressantes, les énergies renouvelables ne seront pas souvent choisies aux détriments de technologies « sales ». En effet
– La théorie des jeux fait que si globalement, cette solution est efficiente, chaque intervenant, en choisissant en fonction de son intérêt propre, aboutira sur une solution sale et inefficiente.
– Des solutions d’incitation aux énergies renouvelables existent : groupement de pays (Kyôto), subventions et taxes pollueur/payeur, marché carbone… Ces solutions sont bonnes mais souvent vouées à l’échec, en raison d’hommes politique très généreux sur les droits à polluer, et la tentation de chacun de joueur le rôle de « passager clandestin » et bénéficier des efforts des autres sans soi-même en faire…
– Ce qui n’empêche pas des initiatives d’éclore : avec l’essor de la pensée citoyenne, des entreprises écologiques (comme Enercoop) de proposer des énergies propres. Et les industriels même les plus sales agiront même modestement (ce qui est mieux que rien), ne serait-ce que pour des raisons marketing, pour dire qu’ils agissent pour l’environnement (même si seule la cafétéria du siège social est alimenté en électricité solaire, c’est mieux que rien).

Il ne faut donc pas être pessimiste

Si un groupement de pays de poids joue vraiment le jeu comme ca a été le cas avec les CFC par exemple, et lance un réel marché carbone suivant le principe bonus/malus, cela rendra rend les énergies renouvelables compétitives pour les collectivités locales (mais pas pour les électriciens). Les collectivités locales, pour gagner de l’argent, doivent donc inciter les électriciens à choisir les énergies renouvelables. Le seul moyen acceptable est de faire en sorte que ce soit rentable pour les électriciens sans générer de surcoûts majeurs pour les consommateurs. Ils instaureront des lors un système bonus/malus neutre pour les plus grandes entreprises du secteur par exemple (celui qui touche 10€ de subvention sur le renouvelable et paye 10€ de taxe sur le gaz n’est pas pénalisé) et cela permet de lancer un signal fort aux producteurs d’électricité : investissez dans les énergies renouvelables (c’est rentable)

Cela risque d’arriver plus vite que prévu. Il faut regarder du côté des USA. Bien que beaucoup d’Américains s’en fichent complètement de l’environnement et que l’électricité est produite massivement au charbon, il est fort à parier qu’après Internet et les biotechnologies, des petits génies de la Silicon Valley inventeront un produit complètement révolutionnaire (comme la Tesla par exemple) bon marché qui révolutionnera (en bien cette fois) le secteur de l’énergie…

Si l’Homme a su aller sur la Lune, voler dans les airs… et maîtrisé la fission atomique, il arrivera sans doute tôt ou tard à trouver une solution au réchauffement climatique.

Cet article est désormais terminé. J’espère qu’il vous a intéressé et je vous souhaite une agréable visite sur Eco-malin.com

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